"La plupart des gens se rendent malades à force d'essayer d'être quelqu'un qu'ils ne sont pas." A. Ellis.
   "La plupart des gens se rendent malades à force d'essayer d'être quelqu'un qu'ils ne sont  pas." A. Ellis.

Métamorphoses

Mon travail en ligne oriente ma pratique vers les personnes francophones vivant à l’étranger, souvent dans une situation d’expatriation ou de voyage. Les difficultés rencontrées au départ ou au retour sont partagées par de nombreuses personnes. Il peut être utile d’en parler avec un thérapeute ou avec un groupe de pairs (personnes dans la même situation). Ces difficultés sont liées au temps d’adaptation, au deuil, à la séparation. A travers mes entretiens avec ces patients, j’ai retenus quelques idées qui me semblaient refléter ce vécu étrange et bouleversant.
 
Cet ailleurs qui n’existe pas, c’est une promesse. Partir, c’est ouvrir des portes qui ne se referment pas et donner au probable une nuance de possibles. Être là face à ceux qui pensent l’ailleurs comme une absence c’est un peu devoir s’effacer en partie, intégrer à l’intérieur de soi-même ce qui n’est plus à l’extérieur, apprendre à voir la ligne pleine entre les pointillés. Comment gérer cette succession de séparations, d’avec soi-même et les autres ? Peut-on vivre sans racines, doit-on revenir ? Je pense à cette patiente qui reviens d’une expatriation qui a durée 20 ans. Peut-on encore parler d’expatriation ? Ou est-ce le retour qui est vécu comme tel ? Penser le retour peut être impossible. Retour ? Retourner, revenir, c’est l’idée d’un encore, d’un de nouveau. Peut-être le plus juste est-il de ne pas voir cela comme un retour. Il n’y a pas de marche arrière,pas de re-tour. Le retour existe pour ceux qui restent, la vie est une avancée perpétuelle, avec tout ce que cette idée peut engendrer d’angoisses et de questions. Une patiente me disait : “Me demander quand est-ce que je re-viens, c’est comme demander à quelqu’un quand est-ce qu’il reviendra dans son ancienne appartement.” Il n’y avait pas de retour possible pour cette patiente. Juste un chemin qui passait par un endroit déjà connu auparavant. Pas tout à fait, pas le même.
 
Il peut être déstabilisant de vivre ces expériences, de tenter de mettre des mots sur des ressentis de coupures. Penser cette succession de mouvements comme une intégrité c’est accepter que l’on avance, toujours. Qu’il n’est pas besoin de mouvement géographiques pour avancer, et que tous ces lieux qui ont fait une personne peuvent s’intégrer dans une unité. Il y a dans la clinique de la migration et du voyage un rapport à la mort, au temps qui coule, qui semble se vivre différemment chez les personnes nomades. Cette même patiente me disait :”On ne voyage pas, on vit ailleurs. On a vécu, on a été, ceux qui ne voient que l’absence pensent que l’on était en pause!”. Pour elle, le terme de re-tour annihilait les mois passés ailleurs. Il lui semblait difficile de tisser des liens et de partager avec ceux qu’elle connaissait avant. Il n’y a pas de nouvelle vie. Notre espace géographique est notre corps, là où nous resterons. C’est cette unité corporelle qui peut se sentir vaciller au fil des déplacements. Il est important de s’y recentrer, et d’accepter la part d’impartageable et le manque de compréhension des proches.

 

 

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© Leslie Marneau, 2018